Peut-on vider la mer avec de l'ouate ?
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Le coton est une fibre naturelle bon marché. Il permet de fabriquer des vêtements de qualité médiocre mais agréables à porter. Cultivé dans des pays ensoleillés, sa récolte nécessite une main d’œuvre abondante et donc bon-marché si on désire rester rentable. Si on n’associe plus nécessairement la culture et surtout la récolte du coton à l’esclavage, il faut bien reconnaître que les personnes utilisées pour ces travaux sont très nettement exploitées. Un autre inconvénient de la culture du coton est sa grande consommation d’eau et d’engrais minéraux.

Avec son abondant ensoleillement et sa population corvéable sans limite, l’Eurasie Centrale était tout indiquée pour cultiver le coton. Les Russes s’y sont mis dès le début du XXe siècle et les premiers prélèvements d’eau dans l’Amu Darya datent de cette époque. Déjà à ce moment, l’Académie des Sciences de Moscou s’était posé la question de savoir si une trop grande consommation de l’eau de cette rivière ne risquait pas de modifier exagérément son débit en aval des prélèvements. Mais, d’une part la surface irriguée à cette époque restait limitée et d’autre part l’Ouzbékistan était trop loin de Moscou pour que le Tsar s’inquiète de son sort. Staline ne s’en est pas inquiété d’avantage mais a développé considérablement la culture du coton dans tout le bassin de l’Amu Darya

Les prélèvements exagérés datent du début des années soixante. A ce moment, on a non seulement utilisé entièrement les bassins hydrographiques de l’Amu Darya et de la Syr Darya mais, afin de transporter leur eau le plus loin possible, les Soviétiques ont construit tout un réseau de canaux. Dans tout l’Ouzbékistan mais aussi dans une partie importante du Turkménistan et dans une partie à peine moindre du Kazakhstan ils ont non seulement développé exagérément la culture du coton mais se sont lancés également dans la culture d’agrumes, de légumes et de cucurbitacées. Dès 1960 on a remarqué une baisse du niveau de la Mer d’Aral. Ce n’était pas tout d’avoir de l’eau, il fallait aussi de l’engrais. Déjà à cette époque, le Kazakhstan disposait de grandes ressources en phosphates et elles furent largement utilisées. On entrait dans un cercle vicieux : pour augmenter le rendement des cultures, il fallait plus d’eau et plus de phosphates. Pour rentabiliser les canaux d’irrigation et les usines de phosphate et aussi pour être conforme au plan quinquennal il fallait développer encore les cultures.

Dès le début de ce gâchis, des scientifiques avisés ont tiré toutes les sonnettes d’alarme possible mais personne ne les a écoutés. On exportait du coton et les devises rentraient. Rien d’autre ne comptait. Pour tout arranger, au fil des années, le matériel installé à la hâte dans les années soixante et septante devenait vétuste et n’était pas entretenu. Seule une petite partie de l’eau prélevée dans les cours d’eau arrive réellement aux racines des plantes. Le reste part dans des fuites ou s’évapore à cause d’un matériel d’arrosage inadapté.

Faut-il continuer à cultiver du coton ? A court terme, on est bien obligé de continuer car la population a été formée à ce type de travail et de l’équipement reste à amortir. A long terme par contre, la réponse est non. Il existe actuellement des fibres synthétiques qui ont le toucher et les qualités du coton sans en avoir les inconvénients. Les vêtements fabriqués avec ces nouveaux produits sont non seulement confortables à porter mais ils sont durables. De plus, l’industrie chimique actuelle travaille proprement et sans danger pour le milieu. Ces industries offrent aussi aux personnes qu’elles emploient une qualité de travail de bon niveau et des salaires décents.

Faut-il continuer à cultiver sur terrain irrigué ? Oui mais avec du matériel moderne. Les Israéliens le font mais, grâce à un équipement bien étudié, ils utilisent l’eau en lui accordant la valeur qu’elle a dans tous les pays désertiques. Le sol lui-même doit être fixé et protégé de l’érosion par le vent. Faut-il continuer à utiliser les engrais ? Oui mais parcimonieusement. L’engrais doit être amené au pied des plantes en même temps que l’eau et les deux doivent être consommés par la plante. L’eau ne doit pas s’évaporer et l’engrais ne doit pas s’échapper dans le sol. Les engrais minéraux survivent à la plante. A la mort de cette dernière, elle doit être compostée sur place et son compost doit nourrir la plante qui lui succédera. Tout cela n’est pas gratuit mais le programme TACIS peut en financer une partie et intéresser des investisseurs privés à financer le reste.

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