KaraBogas :
du sel dans une marmite infernale
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La Mer Caspienne étant un lac fermé, l’eau ne peut s’en échapper que par évaporation. Si nous en limitons l’évaporation, son niveau va donc augmenter. C’est ce qui fut fait en 1978.

Dans les années 60 et 70, comme la tristement célèbre Mer d’Aral, la Caspienne a vu son niveau décroître et certains se sont alarmés. La Caspienne a eu plus de chance que sa sœur d’Aral car, en plus des écolos, ce sont les militaires qui se sont inquiétés de son sort.

Afin de faciliter la navigation de leur marine militaire en Mer Caspienne et notamment dans le delta de la Volga à Astrakan, les Soviétiques ont pris deux décisions. D’une part, ils ont réalisé le rêve de l’ingénieur Alexeiev en poursuivant le développement des ékranoplanes, ces engins que certains ont appelés les monstres de la Caspienne. D’autre part, ils ont décidé de stopper le tarissement de la Mer Caspienne et, encore mieux, d’en augmenter le niveau.

Riverain de la Mer Caspienne, le Turkménistan est le deuxième endroit le plus chaud de la planète. Dans Kara Bogas Gol, une baie de la Mer Caspienne, l’eau était vraiment très chaude et l’évaporation y était la plus forte. Les Soviétiques l’ont séparée de la Caspienne par une digue. Cessant d’entrer dans Kara Bogas Gol, l’eau de la Caspienne a donc cessé de s’y évaporer. On a économisé 14 km³ d’eau par année et le niveau de la Caspienne s’est mis a augmenter.

Mais le bonheur des uns peut faire le malheur des autres. Les militaires sont heureux et, au début du moins, les écolos le furent aussi. De même que les Turkmènes qui produisent du sel et des halogènes. Les autres le sont beaucoup moins : les plages iraniennes et azéries sont inondées ainsi que la région côtière du Kazakhstan. Des pipelines on été arrachés et la pollution est effrayante. A l’est d’Astrakhan, on assiste à la première marée noire terrestre. Au Turkménistan, la presqu’île de Cheleken est devenue une île et la plupart des maisons sont inondées.

Mais ce n’est pas le plus préoccupant. En 1998, cédant à la pression des différents mécontents, le président turkmène Saparmurat Nyassov dit le Turkmenbaši ou chef des Turkmènes a décidé la destruction du barrage de Kara Bogas Gol. C’est devant les caméras de TV et entouré de son peuple que le Turkmenbaši, personnage haut en couleur, a donné le premier coup de pioche à l’édifice tant contesté. Une fois le barrage de Kara Bogas détruit, l’eau de la Caspienne a donc recommencé à rentrer dans la baie et à s’y évaporer. Mais malgré cela, le niveau de la mer a continué à augmenter. Les scientifiques parlent de modifications climatiques locales ou globales mais en réalité, personne n’a la moindre idée quant à l’origine de ce phénomène préoccupant. Des fonds considérables vont être consacrés à son étude mais à supposer même qu’on puisse expliquer le phénomène, il est peu probable qu’on aie la moindre possibilité d’agir sur lui. L’ingénierie planétaire n’est pas pour demain.

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