Sevan : sauvetage en cours
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Parce que nous pouvons le considérer comme sauvé, le Lac Sevan mérite toute notre attention. Ce que les Soviétiques et les Arméniens ont réussi est à la portée de tous même si les difficultés peuvent varier fortement d’un endroit à un autre.

Emeraude dans son écrin de volcans éteints aux sommets enneigés, le Lac Sevan se trouve à 1900 mètres d’altitude. Avec une surface actuelle de 1244 km², il reste le plus grand lac alpin d’Europe. Beaucoup disent qu’il est aussi le plus beau. Ce n’est pas sans raisons que la nomenklatura soviétique y avait ses secondes résidences.

Au début du XXe siècle, l’Arménie a connu un important développement agricole et industriel. Terre fertile, la vallée de l’ Ararat est aussi assez aride; il a donc fallu l’irriguer. Grande consommatrice d’électricité, l’industrie a contraint les Arméniens à construire des centrales hydroélectriques. Dans les deux cas, c’est le Lac Sevan qui a fait les frais de l’opération : le débit de la rivière Hrazdan qui draine le lac a été augmenté et le niveau du lac a commencé à baisser. Ce n’est que dans les années soixante qu’on s’en est inquiété. A ce moment, le Lac Sevan avait baissé de 20 mètres et un projet fou prévoyait d’encore le laisser chuter de 50 autres mètres. Heureusement, les Arméniens ont pris conscience à temps du désastre qui se préparait et, afin de maintenir à la fois le niveau du lac et le débit de la Hrazdan, on a creusé un tunnel qui prélève une partie de l’eau de la rivière Arpa, laquelle appartient à un autre bassin hydrologique.

Les Arméniens n’étaient pas au bout de leurs peines pour autant. Dans les années nonante, alors que la demande d’électricité était encore en augmentation, une centrale nucléaire a été stoppée pour raisons de sécurité. Le niveau du Lac Sevan est de nouveau passé à la baisse. Mais un second tunnel a été mis en construction pour rediriger vers le lac une partie de l’eau de la rivière Vorotan. Il vient d’être inauguré en ce mois d’août 2003 et devrait ramener le Lac Sevan à son niveau d’origine d’ici une vingtaine d’années.

De plus, l’Arménie a obtenu des fonds de la Banque Mondiale et de l’Agence Suisse pour la Coopération et le Développement pour réaliser le Parc National Sevan qui fait des abords du lac une réserve naturelle de 3.000 km² dans laquelle l’utilisation des ressources naturelles à des fins agricoles et/ou industrielles est sévèrement réglementée.

Bien sûr avec leurs longueurs de 49 et 27 km, les deux tunnels construits en Arménie paraissent petits comparé au canal de l’Ob qui pourrait sauver la Mer d’Aral. Ce dernier mesurerait près de deux mille kilomètres et une montagne devrait être franchie par une tranchée ou un tunnel sur une distance de soixante kilomètres. A cette tranchée près, les Libyens ont construit un canal de dix-huit cents kilomètres pour ravitailler le Nord de leur pays en eau fossile prélevée dans le Sud. Ces deux exemples démontrent la faisabilité d’un sauvetage et d’une restauration complète de la Mer d’Aral.

La richesse du Lac Sevan n’est pas seulement naturelle mais aussi archéologique. On peut y admirer l’Eglise de Ste Astvatsatsin et celle, plus petite de St Karapet . Toutes deux datent du IXe siècle, époque à laquelle elles se trouvaient sur une île. Aujourd’hui, suite à la chute de niveau du Lac Sevan, l’île est devenue une péninsule. Le site est très beau, surtout au printemps quand les vergers du monastère sont en fleurs. Il mérite néanmoins une restauration et un entretien. L’Arménie est un pays accueillant. L’infrastructure hôtelière est moyenne mais beaucoup d’habitants proposent des repas à consommer sur place ou dans la nature et souvent même des gîtes. Le pays est spécialement agréable à visiter à la fin de l’été. En plus du Lac Sevan, l’Arménie comprend une centaine de lacs plus petits mais tout aussi charmants. Seuls une vingtaine sont accessibles facilement par la route. Même si le paysage vaut le déplacement, il faut bien entendu éviter la région du Haut Karabakh où des troubles sont fréquents.

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